Adapté et republié avec la permission de: HNI | The farmers who do use mobile phones for market prices

Les agriculteurs du Malawi ont eu gratuitement accès aux prix du marché via les téléphones mobiles pendant environ trois mois grâce à le Service 3-2-1. Les données d’utilisation affluent. Et voici que paraissent deux articles sur ICT Works qui critiquent avec virulence l’idée même que les agriculteurs et les pêcheurs puissent bénéficier des prix du marché fournis par les téléphones mobiles.

ICT Works SMS Articles

Captures d’écran : ICT Works
Gauche | Droite

Une lecture superficielle de ces articles peut amener à conclure que « les téléphones mobiles ne sont pas utilisés pour consulter les prix du marché » ou que « les téléphones mobiles sont des outils de socialisation et non pas des plates-formes de communication d’informations. » Mais une lecture plus attentive révèle quelque chose de plus nuancé que cela.

Chacun de ces articles résume les conclusions de deux récents rapports d’étude sur ICT4D. En lisant ces deux articles, nous nous sommes rendu compte qu’en réalité, ils avaient raison sur bien des points.  Les projets mentionnés dans ces rapports avaient effectivement des lacunes. Et ces projets avaient un même dénominateur commun : SMS.

Manifestement, les utilisateurs des systèmes par SMS ne doivent rencontrer aucune difficulté à envoyer ou à recevoir des messages par SMS. Et les téléphones à disposition des agriculteurs et des pêcheurs sont souvent de vieux terminaux aux écrans fissurés avec des chiffres et des lettres difficilement identifiables sur les touches .

Le système de distribution des prix de marché que Viamo a mis en œuvre au Malawi ne fait pas usage de la technologie SMS. En réalité, il est basé sur la réponse vocale interactive (IVR). Tant que le téléphone peut remplir sa fonction de base – passer et recevoir des appels – le système IVR devrait fonctionner.

Les informations sur les prix sont toutes des enregistrements vocaux, enregistrés par une voix professionnelle dont la langue maternelle est le Chichewa. Si l’appelant peut suivre les instructions vocales (par exemple, « Appuyez sur 1 pour les prix du marché à Blantyre »), il pourra écouter les prix du marché en appuyant en tout et pour tout sur trois touches. Les agriculteurs ne sont pas freinés par leur niveau d’alphabétisation, leurs compétences en orthographe ou leurs problèmes d’entrée de texte.

Accès aux prix du marché au Malawi grâce au Service 3-2-1 - Mars - Mai 2016

3‑2‑1 Service Malawi Market Prices Access –  March – May 2016

Près de 36 000 personnes ont accédé à ces prix du marché au cours des deux mois suivant le lancement du service en mars 2016. Les données brutes ont montré que lorsque les gens appelaient pour connaître les prix de certains marchés, ils avaient une forte tendance à écouter l’intégralité du message. C’est ce qu’on appelle « achèvement » dans notre jargon.

Environ 16% des appelants raccrochent sans obtenir les prix des marchés urbains ou ceux des marchés ruraux. Le service ne dispose pas d’informations sur les prix de tous les marchés du Malawi, d’ou ces raccrochages qui correspondent probablement à des personnes qui ne vivent pas à proximité de l’un des marchés proposés.

Ces données d’utilisation prouvent uniquement que les gens utilisent le service et qu’ils écoutent les messages jusqu’à la fin. Mais utilisent-ils l’information ? Cela a-t-il un impact sur la vie des agriculteurs ?

Entretiens avec les agriculteurs qui utilisent le Service 3-2-1

Nous avons décidé de rappeler certains agriculteurs qui avaient fréquemment accédé au service pour savoir quel impact cette information sur le marché avait eu sur leur stratégie de marché et sur leurs revenus.

Notre échantillon était de petite taille – seulement 14 agriculteurs. Nous ne tirerons pas de grandes conclusions de cet exercice informel et peu scientifique (ce qui était une critique de l’étude Fisherman). Mais ce que nous avons constaté était – d’une manière anecdotique – assez encourageant.

Emmanuel Chilembwe, agriculteur de 37 ans habitant dans le district de Mangochi au Malawi, vend des pois cajans, du maïs, du niébé, des tomates et autres légumes à des intermédiaires. Il nous a dit qu’il utilise le système pour s’assurer de l’honnêteté de ces intermédiaires.

« Nous vivons loin des marchés. Les revendeurs nous achètent nos produits, » a déclaré Chilembwe. « Nous sommes maintenant en mesure de vendre à de bon prix parce que nous facturons conformément à ce que nous avons entendu sur le service. »

Chilembwe vérifie les prix environ cinq fois par mois à l’aide d’un simple téléphone mobile et affirme que son revenu a augmenté depuis qu’il a commencé à utiliser le service. De notre échantillon, six agriculteurs ont indiqué que leur revenu avait augmenté, quatre ont déclaré qu’il n’y avait eu aucun changement, et quatre autres ont déclaré que leur revenu avait diminué.

Malawian farmer

« Agriculteur du Malawi » par l’International Maize and Wheat Improvement Center (CC BYNCSA 2.0)

Rajab Mdala, 22 ans, agriculteur de Blantyre, a réussi à éliminer l’intermédiaire lorsqu’il a pris connaissance des prix du marché d’Ace pour le maïs, l’arachide, la patate douce et le manioc.

« 3-2-1 m’a aidé à réaliser des profits en vendant mes produits agricoles à Ace, » a déclaré Mdala, « plutôt qu’en les vendant aux revendeurs qui achètent à des prix plus bas. »

Six agriculteurs ont déclaré qu’ils avaient changé de lieu où ils commercialisent leurs produits en raison de l’utilisation du service – et parfois plus d’une fois. Et aucun de ces agriculteurs n’a signalé une diminution de son revenu.

Les quatre agriculteurs qui ont signalé que leur revenu avait diminué ont déclaré qu’ils n’avaient pas changé de lieu de commercialisation. Les distances qui séparent leurs domiciles de ces marchés alternatifs et la logistique de transport ont éliminé tout avantage potentiel qu’ils auraient pu tirer en changeant de lieu de vente.

Le simple fait de connaître les prix sur un marché alternatif ne signifie pas qu’un agriculteur peut se présenter et commencer à vendre. Il s’agissait là d’une autre critique des revendications excessives formulées dans l’étude sur le secteur des pêches du sud de l’Inde.

Maguya Benson, 26 ans, agriculteur dans le district de Mchinji, a fait écho à cette critique : « Les prix du marché ne nous disent rien des procédures à mettre en oeuvre pour réaliser des ventes. » D’autres agriculteurs ont demandé les prix de cultures et de marchés supplémentaires.

C’est le genre de problèmes qu’on aime avoir. Les agriculteurs utilisent le service et font par de ses avantages et ses défauts. (Il faut comparer cela aux chercheurs qui se sont présentés au Kenya pour étudier l’impact du système par SMS de MFarm ; ils ont interviewé 70 agriculteurs et n’ont trouvé qu’un seul qui utilisait encore le système).

Le service n’est opérationnel que depuis trois mois, mais notre conclusion provisoire est qu’il y a certaines choses que nous faisons bien.


Merci à Alinafe Matatiyo, notre Superviseur 3-2-1 au Malawi, qui a mené les entretiens avec les agriculteurs.


Cette publication a été publiée initialement sur HNI.org. Son contenu a été mis à jour pour plus de clarté et pour clairement indiquer que c’est Viamo qui a fourni la solution.


Photo: cimmyt (CC BY-NC-SA 2.0) https://flic.kr/p/c7f7DS